Chère Advy,
Ma pratique rime avec une exposition constante aux traumatismes de clients. Je ne pense pas être dans une situation habituelle d’épuisement professionnel. C’est plutôt le fait d’être confronté à la douleur des autres qui, peu à peu, m’a changé. Les cabinets devraient-ils fournir des ressources pour aider leurs membres à composer avec cette réalité? Le cas échéant, que puis-je demander?
Sincères salutations,
Exposition-aux-traumatismes
Bonjour Exposition-aux-traumatismes,
Vous n’êtes pas seul. Dans le cadre de leur travail quotidien, de nombreux professionnels du droit sont amenés à se pencher sur les traumatismes vécus par leurs clients, des témoins et d’autres personnes avec qui ils travaillent. L’Étude nationale des déterminants de la santé psychologique des professionnels du droit au Canada de 2022 a révélé que 26 % des répondants qui travaillent avec des clients signalent des symptômes reconnaissables de traumatisme secondaire. Consultez la section 2.27 du rapport pour obtenir de plus amples renseignements à ce sujet.
Le traumatisme vicariant peut entraîner des conséquences bien réelles. Une étude menée en 2025 auprès d’employés d’hôpitaux (disponible uniquement en anglais) démontre que les traumatismes secondaires peuvent se manifester par des symptômes émotionnels (par exemple, le désir d’éviter certains patients), cognitifs (par exemple, avoir des pertes de mémoire par rapport à des interactions avec des patients) et somatiques (par exemple, une accélération du rythme cardiaque). Ils peuvent également entraîner une dépression, de l’anxiété, un trouble de stress post-traumatique et un épuisement professionnel.
Vous me demandez si les cabinets juridiques devraient fournir des ressources et, le cas échéant, ce que vous pourriez leur demander. Les cabinets pourraient-ils aider leurs employés à faire face aux traumatismes vicariants associés à leur travail? Bien sûr. C’est toutefois la deuxième partie de votre question qui mérite, à mon avis, une réflexion plus approfondie.
Une grande partie du travail de première ligne dans la prestation de services juridiques au public est effectuée par de petits cabinets et des juristes exerçant seuls. Près des trois quarts des juristes au Canada pratiquent dans un petit cabinet ou à leur propre compte. Même si je ne dispose pas de statistiques fiables à ce sujet, j’imagine que les domaines du droit pouvant présenter le plus grand risque de traumatisme secondaire, notamment le droit de la famille, la protection de l’enfance et le droit criminel, soient surreprésentés dans les services juridiques gouvernementaux (comme les bureaux des procureurs de la Couronne), dans les organismes à but non lucratif, dans les petits cabinets et parmi les juristes exerçant seuls. Je laisserai de côté les agences gouvernementales, puisque votre question concerne précisément les « cabinets », ce qui laisse entendre que vous ne travaillez pas dans le secteur public. Il est donc probable qu’une part disproportionnée du travail présentant un risque de traumatisme secondaire soit effectuée par des juristes qui se trouvent dans des situations de travail moins propices à l’obtention d’aide en santé mentale que fournissent les cabinets. Ce qui est possible pour un grand cabinet en matière de conseils professionnels et d’autres interventions est pratiquement impossible à offrir à un juriste exerçant seul ou au sein d’un cabinet de deux ou trois employés. En règle générale, plus le cabinet est petit, plus il lui est difficile de fournir du soutien professionnel à ses membres confrontés à un traumatisme.
C’est pour cette raison que je crois que vous cherchez au mauvais endroit si vous vous attendez à ce que votre cabinet s’occupe de ce problème pour vous. Cela signifie-t-il qu’il ne sert à rien de lui demander de l’aide? Certainement pas. Vous êtes exposé à un danger en milieu de travail, et votre cabinet devrait chercher des moyens raisonnables de répondre à votre besoin de rester en santé face à ce danger, même si tout ce qu’il peut offrir est un groupe de soutien de collègues pouvant apporter un certain soutien par les pairs. Demandez de l’aide à votre cabinet. Pour obtenir des conseils pratiques sur la façon de négocier un changement positif dans votre lieu de travail, vous pourriez consulter un article précédent de cette chronique. Vos collègues pourraient être en mesure de vous aider davantage que vous ou moi le pensons. Ce n’est pas qu’ils ne peuvent rien faire, mais leurs capacités d’intervention demeurent généralement beaucoup plus limitées.
Une voie plus utile à suivre serait les programmes offerts ou pouvant être offerts à l’extérieur de votre cabinet. L’ABC, elle-même, propose des ateliers et des programmes en ligne qui peuvent vous aider, dont plusieurs s’appliquent directement aux difficultés que vous décrivez. Vous pouvez également faire appel à votre programme d’aide aux juristes (souvent appelé « PAJ »), qui offre des ressources que vous pouvez utiliser pour rester en santé. Voici un autre élément à garder à l’esprit : il est possible que votre PAJ soit prêt à peaufiner son offre actuelle et à mettre au point de nouvelles aides en santé mentale pour vous aider à mieux composer avec les exigences du quotidien, de votre semaine et de votre vie, et peut-être même à prospérer en cours de route. La capacité du PAJ de répondre aux besoins de la communauté peut varier selon votre lieu de résidence, mais la plupart d’entre eux sont assez réactifs.
Comme mentionné dans un article récent de cette chronique, lorsque vous constatez que les ressources disponibles ne répondent pas à vos besoins particuliers, l’un des moyens les plus efficaces d’agir consiste à téléphoner à votre PAJ. Il est possible que l’offre de votre PAJ soit mieux adaptée à vos besoins qu’il n’y paraît au premier abord lors de la lecture d’une description sur un site Web. Il est également probable que la personne à l’autre bout de la ligne soit très motivée pour trouver un moyen de s’assurer que les offres du PAJ vous soient utiles. Les PAJ existent pour soutenir les professionnels du droit dans leurs ressorts. Ils disposent de l’expertise et des économies d’échelle nécessaires pour offrir ou pour développer des services de soutien novateurs qui ne sont pas à la portée d’un petit cabinet ou d’un juriste exerçant seul.
Au Canada et ailleurs, les PAJ ont mis sur pied des groupes de soutien, offert du soutien par les pairs adapté à des besoins particuliers et des services d’encadrement, organisé des ateliers ainsi que des événements et, bien sûr, offert des services de counseling professionnel aux membres des barreaux qu’ils desservent. De façon presque universelle, ces programmes ont été mis sur pied en réponse à des besoins exprimés par des membres de leur communauté juridique locale. Pensez-y : il n’existait, par exemple, aucun programme en douze étapes adapté aux besoins des professionnels du droit avant que quelqu’un affirme que cela répondrait à un besoin. Il faut d’abord qu’une personne cerne un besoin pour que des aides soient créées.
Ainsi, si nous supposons que votre PAJ n’offre actuellement aucun service qui pourrait vous aider à composer avec le traumatisme que vous subissez au travail, votre prise de contact avec le PAJ pour le mentionner est la première étape essentielle à la création d’une telle aide. N’attendez pas que quelqu’un d’autre fasse la démarche à votre place. Prenez l’initiative. Soyez prêt à travailler avec votre PAJ pour contribuer au développement de programmes qui vous aideraient, vous et (je suppose) de nombreuses autres personnes de votre ressort qui traversent des épreuves semblables. Vous avez toutes les raisons de croire que votre demande sera accueillie avec intérêt lorsque vous communiquerez avec votre PAJ.
Prenez bien soin de vous.
Advy