Quel cheminement vous a mené au monde du droit et à la magistrature?
Je n’avais pas l’intention de devenir avocate ou juge, mon parcours s’est dessiné naturellement au gré des occasions qui se sont présentées. Ma famille est arrivée au Canada après la guerre du Vietnam en 1975 et mes parents ont fait beaucoup de bénévolat dans la communauté dès leur arrivée au Canada. Cela m’a inculqué un dévouement profond et le désir de redonner à la communauté.
J’ai terminé le programme de common law en français à l’Université d’Ottawa. J’ai ensuite fait un stage avant de travailler comme avocate plaidante chez Gowling WLG à Ottawa, au Service de représentation, où je suis devenue une associée. Les vingt-cinq années que j’ai passées au cabinet m’ont permis de côtoyer des personnes et des clients merveilleux. J’ai dirigé le groupe du droit des marchés publics, j’ai pratiqué le droit de la défense médicale et de la santé, et j’ai siégé au conseil d’administration. Ma carrière professionnelle d’avocate a été enrichissante et très épanouissante. J’ai notamment comparu devant la Cour fédérale et la Cour d’appel fédérale, la Cour supérieure et la Cour divisionnaire de l’Ontario, la Cour d’appel de l’Ontario, ainsi que devant des tribunaux administratifs, comme le Tribunal canadien du commerce extérieur, le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario, l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario, et la Commission d’appel et de révision des professions de la santé. Mon travail communautaire et mes rôles de mentore se sont poursuivis pendant cette période.
L’un de mes mentors m’a encouragée à présenter ma candidature à la magistrature. La vocation du service et la possibilité de relever un nouveau défi m’ont incitée à me lancer. Je suis tellement heureuse d’avoir écouté son conseil. J’ai été nommée à la Cour fédérale en 2023, et ce nouveau chapitre a été merveilleux. Je suis honorée de travailler avec certains des juristes les plus brillants et les plus travailleurs.
Quelle expérience de votre carrière juridique vous a le mieux préparée à votre travail au sein de la magistrature?
L’expérience que j’ai acquise à titre d’avocate plaidante, en m’occupant régulièrement d’affaires difficiles et complexes avec des documents volumineux, m’a été très utile depuis que je me suis jointe à la Cour fédérale. Il y avait aussi toujours un élément humain important dans mon travail d’avocate ou de bénévole, quel que soit le contexte. Cela m’a permis de mieux comprendre et mesurer les défis que bien des gens vivent, comme l’incapacité de comprendre ou d’accéder au système de justice en raison d’un obstacle linguistique, culturel ou socioéconomique, ou encore les préjugés et le racisme. Cela m’a aussi donné l’occasion de constater directement la diversité des Canadiens et des Canadiennes qui composent notre pays. Mon parcours m’a appris à continuer à être ouverte d’esprit, à apprendre, à être curieuse et à toujours écouter.
Quels conseils donneriez-vous aux juristes qui comparaissent devant vous?
Cela peut sembler banal, mais préparez-vous bien. Connaissez les éléments de preuve de votre dossier dans leurs moindres détails, comprenez bien les règles de la preuve et la jurisprudence. Puisque chaque ressort a des règles différentes, il est important de comprendre leurs procédures.
Anticipez les arguments de la partie adverse et les questions éventuelles du juge. Vous avez peut-être bien préparé les arguments que vous allez soulever, mais il est important de ne pas suivre un scénario à la lettre. Écoutez et répondez aux questions des juges, car ces derniers tentent de comprendre vos arguments.
Soyez fidèle à la preuve et au droit. Ne prenez pas le risque de nuire à votre réputation professionnelle et de miner la cause de votre client, en exagérant les preuves, en énonçant mal la loi ou en induisant la Cour en erreur. Faites preuve de respect et de civisme envers les parties adverses et les juristes, ainsi qu’envers les personnes qui participent au système de justice. Vous êtes juriste, mais vous représentez aussi la justice et la profession.
Que souhaitez-vous que le public sache au sujet du système de justice?
Le Canada a l’un des meilleurs systèmes de justice au monde, mais nous pouvons toujours nous améliorer. Cependant, nous ne pouvons jamais le tenir pour acquis. À une époque où l’information circule souvent sous forme d’extraits brefs et décontextualisés, j’espère que le public pourra apprécier le dévouement des intervenants du système de justice et reconnaître qu’ils agissent qu’ils font de leur mieux. Ils abordent les affaires avec soin, impartialité et indépendance dans la poursuite de la justice, en appliquant le droit aux éléments de preuve dont ils sont saisis.