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L'honorable Julie L. Blackhawk

The Honourable Julie L. BlackhawkQuel cheminement vous a mené au monde du droit et à la magistrature?

Lorsque j’étais enfant dans les années 1970 et 1980, les études supérieures, et encore plus les études en droit semblaient complètement hors de portée. Même plus tard, lorsque j’étais étudiante en droit, puis jeune juriste, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je deviendrais juge.

J’avais souvent l’impression d’être en marge, comme une simple observatrice du monde qui m’entourait. Je suis membre de la Première Nation mohawk de la baie de Quinte ; toutefois, j’ai grandi à l’extérieur de la communauté. Mon père est membre de la communauté, tandis que ma mère ne l’est pas. Je garde des souvenirs très vifs du racisme qui existait alors, et qui persiste aujourd’hui, ainsi que de la manière dont les gens traitaient mes parents, mes grands-parents, mes frères et sœurs et moi-même, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la réserve de notre communauté.

Mes parents n’ont pas fréquenté l’université, et je me souviens que certains enseignants du secondaire tentaient de me détourner des cours et des crédits destinés aux élèves qui envisageaient de poursuivre des études supérieures. Ils me faisaient clairement comprendre que cette voie n’était pas faite pour moi.

Mon père est camionneur longue distance. Ma mère a occupé plusieurs emplois avant de retourner aux études collégiales, suivant des cours du soir alors que mes frères et sœurs et moi étions encore à l’école. Elle rêvait de devenir enseignante et a finalement réalisé ce qu’elle appelait son « deuxième meilleur choix » de carrière en devenant aide-enseignante.

Avoir été témoin des sacrifices et de la détermination de mes parents m’a appris l’importance du travail acharné ainsi que des possibilités qu’une éducation peut offrir.

Mon admission à l’Université Lakehead a ouvert devant moi un monde de possibilités. Des professeurs y ont reconnu mon potentiel et m’ont encouragée à passer le LSAT. J’ai suivi un cours optionnel intitulé Introduction to Property Law, qui a éveillé en moi le rêve de devenir juriste.

Après mes études à la faculté de droit Peter A. Allard de l’Université de la Colombie-Britannique, j’ai effectué mon stage auprès de la Legal Services Society de la Colombie-Britannique, qui était alors l’organisme d’aide juridique de la province. Ce choix s’est imposé naturellement, puisque j’avais déjà fait du bénévolat et eu un emploi à la Clinique juridique étudiante des Premières Nations pendant mes études.

Les clients que j’y ai rencontrés m’ont exposée à une grande diversité de réalités juridiques et sociales. Certains vivaient dans la pauvreté ou étaient aux prises à des problèmes de santé mentale ou de dépendance, tandis que d’autres traversaient des situations difficiles les obligeant à prendre des décisions complexes. Ces expériences m’ont véritablement ouvert les yeux sur la réalité de la société et ont élargi ma compréhension des difficultés vécues par de nombreuses personnes.

En 2000, j’ai intégré la Section du contentieux autochtone du ministère de la Justice à Vancouver, un domaine qui correspondait étroitement à la carrière juridique que j’espérais bâtir.

J’ai passé plus de 24 ans à travailler sur des questions liées à l’article 35 de la Charte au sein du ministère, un travail qui revêtait une grande importance pour moi en tant que personne autochtone. Je crois qu’il est essentiel que des membres des Premières Nations, des Métis et des Inuits participent à ces dossiers au sein du gouvernement, car nous apportons une perspective unique, pouvons exprimer des opinions franches et faire entendre des vérités aux décideurs d’une manière que ceux qui n’ont pas cette expérience vécue ne peuvent pas toujours offrir.

Au fil des ans, ma carrière a connu une progression graduelle, réfléchie et porteuse de sens. Je suis fière du travail accompli, notamment d’avoir contribué à faire entendre des perspectives qui ont aidé à faire évoluer l’approche du ministère de la Justice en matière de litige.

Je suis profondément reconnaissante envers les nombreuses personnes qui m’ont soutenue et encouragée tout au long de mon parcours.

J’ai eu la chance de bénéficier de mentors exceptionnels au ministère de la Justice qui m’ont prise sous leur aile et m’ont enseigné l’importance du professionnalisme et de la collégialité.

Enfin, mon expérience comme plaideuse dans le cadre du litige de la Nation Tsilhqot’in, en 2004, a conduit le Comité de liaison entre la magistrature, l’Association du Barreau autochtone et le Barreau en droit des autochtones à solliciter mon aide pour l’élaboration des toutes premières Lignes directrices de pratique en droit autochtone de la Cour fédérale. Ces lignes directrices ont notamment permis de reconnaître et d’encadrer l’admission du témoignage des Aînés et des preuves fondées sur l’histoire orale devant cette Cour.

Quelle expérience de votre carrière juridique vous a le mieux préparée à votre travail au sein de la magistrature?

Il y en a beaucoup, mais je ne saurais trop insister sur l’importance du mentorat. Une grande partie de ce qu’un jeune avocat ou une jeune avocate apprend provient des conversations avec les collègues, des discussions qui suivent les audiences et des échanges à la suite des négociations. Ces moments sont essentiels au perfectionnement professionnel.

Mon engagement bénévole auprès de l’Association étudiantes des Premières Nations m’a permis de développer des compétences organisationnelles et en communication, ainsi que des compétences pratiques, comme la collecte de fonds et la mobilisation communautaire. Les valeurs transmises par mes parents, soit une solide éthique du travail et le respect de la dignité de chacun, ont été renforcées lors de mon bénévolat estival au Centre d’amitié de Sioux Lookout.

Ma défunte belle-mère m’a enseigné l’importance des Sept enseignements des grands-pères, soit l’amour, l’honnêteté, le respect, la sagesse, la vérité, l’humilité et le courage, ainsi que la manière de les intégrer à notre vie quotidienne en tant que personnes autochtones.

Enfin, être mère m’a appris à concilier des responsabilités qui se chevauchent tout en reconnaissant l’importance de prendre du temps pour se ressourcer auprès des personnes qui nous sont les plus chères et qui apportent de la joie dans nos vies. Bien que notre travail soit sérieux, nous ne devrions jamais nous prendre trop au sérieux.

Les enfants ont une façon bien à eux de nous rappeler chaque jour l’importance de l’humilité.

Quels conseils donneriez-vous aux juristes qui comparaissent devant vous?

Il faut être parfaitement préparé. Je ne saurais trop insister sur ce point. Les demandes de contrôle judiciaire représentent une part importante du travail de notre Cour fédérale et je prends soin d’examiner attentivement le dossier documentaire avant l’audience.

Vous devez être la personne la mieux préparée dans la salle d’audience et être en mesure de répondre à toutes les questions que je pourrais poser. Vous devez connaître le dossier sur le bout des doigts.

L’éthique et la civilité sont essentielles. Les avocats sont des officiers de justice, et il est important qu’ils s’en souviennent constamment et qu’ils agissent en conséquence.

Dans le prolongement de mes observations sur le mentorat, j’encouragerais également les juristes à rechercher des mentors tout au long de leur carrière. Il est important de comprendre que chacun a besoin d’une communauté, non seulement pour grandir sur le plan professionnel, mais aussi pour se savoir soutenu.

Que souhaitez-vous que le public sache au sujet du système de justice?

J’aimerais que le public connaisse mieux et apprécie davantage l’excellence de notre système judiciaire ainsi que le dévouement remarquable des professionnels qui y travaillent.

Il est essentiel que nous disposions d’une magistrature impartiale et indépendante, et nous ne devrions jamais tenir cela comme acquis.

Je crois que toutes les personnes qui travaillent au sein du système de justice sont animées par la volonté de rendre les meilleures décisions possibles. Bien que le droit évolue et qu’il y ait toujours place à l’amélioration, nous ne devrions jamais tenir pour acquise la solidité de notre système judiciaire.