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L’honorable Renu Mandhane

Madam Justice Renu MandhanQuel cheminement vous a mené au monde du droit et à la magistrature?

J’ai grandi à Calgary, obtenu un baccalauréat en économie et en anglais à l’Université Queen’s à Kingston, puis poursuivi des études en droit à l’Université de Toronto. C’est au cours de ma formation juridique que j’ai développé un intérêt marqué pour les enjeux de justice sociale, ainsi qu’une curiosité intellectuelle profonde pour le fonctionnement du droit, son évolution et la manière dont il peut être mobilisé afin de promouvoir l’équité.

Cette curiosité m’a menée vers une carrière juridique délibérément diversifiée. J’ai fait mon stage au sein d’un cabinet juridique à service complet à Toronto, avant de compléter une maîtrise en droit (LL. M.) à l’Université de New York. À mon retour à Toronto, j’ai exercé en défense pénale dans une perspective axée sur les droits à l’égalité, représentant des femmes tant à titre de plaignantes dans des affaires d’agression sexuelle que comme accusées ou détenues. Ce travail m’a amenée à œuvrer étroitement auprès de clientes et clients racialisés, autochtones et issus de l’immigration. Le contact direct avec des communautés vulnérables a profondément façonné ma compréhension de la représentation et de la justice.

Après avoir fondé ma famille, j’ai recherché un meilleur équilibre travail-vie personnelle et suis devenu directrice de la clinique des droits Internationaux de la personne à la Faculté de droit de l’Université de Toronto. Dans ce rôle, j’ai travaillé étroitement avec les étudiants et étudiantes tout en élargissant mon expérience de représentation, notamment lors de comparutions devant la Cour suprême du Canada et les Nations unies.

En 2015, avant l’âge de 40 ans, j’ai été nommée présidente de la Commission ontarienne des droits de la personne. J’étais alors souvent la plus jeune personne, et la seule personne racialisée, à la table décisionnelle. Cette expérience m’a confirmé l’importance, pour les institutions publiques, d’être solidement ancrées dans la communauté, la valeur d’un engagement véritable et la nécessité de progresser vers la réconciliation avec les peuples autochtones par l’établissement de relations fondées sur la confiance. J’ai finalement posé ma candidature à la magistrature, concrétisant ainsi un rêve de longue date, malgré ce que certains pourraient considérer comme un parcours professionnel non conventionnel.

Quelle expérience de votre carrière juridique vous a le mieux préparée à votre travail au sein de la magistrature?

Ma carrière m’a constamment amenée à synthétiser des informations complexes et à prendre des décisions rapides, un excellent entraînement pour l’exercice des fonctions judiciaires. Fondamentalement, juger consiste à lire, écrire et analyser. Les juges doivent assimiler rapidement d’importants volumes de documentation et rendre des décisions à un rythme qui surprend souvent les avocates et avocats, ainsi que le public. Dans de rares cas, certains dossiers se prêtent à des délibérations prolongées et à la rédaction de plusieurs versions d’une décision; le plus souvent, toutefois, les décisions doivent être concises et rendues dans des délais serrés. La capacité de décider est tout aussi essentielle. Bien que le contrôle en appel constitue un filet de sécurité fondamental, une juge de première instance doit être à l’aise de trancher promptement et de progresser sans remettre continuellement ses décisions en question.

Ma carrière m’a également offert une exposition importante aux réalités des communautés marginalisées, notamment par la pratique de la défense pénale et le travail en droits de la personne. Cette expérience s’est révélée inestimable pour aborder les dossiers avec empathie et une compréhension fine des dimensions humaines qui se manifestent quotidiennement en salle d’audience.

Quels conseils donneriez-vous aux juristes qui comparaissent devant vous?

J’encourage les avocates et avocats à garder à l’esprit que, dans des régions très sollicitées comme Brampton, les juges reçoivent souvent les documents du dossier seulement la veille de l’audience. Les juristes doivent donc partir du principe qu’ils connaissent les faits beaucoup mieux que la magistrature et structurer leurs mémoires en conséquence. Il faut commencer par le début et éviter de se précipiter vers les questions juridiques les plus complexes sans avoir d’abord bien contextualisé les faits. Guidez le tribunal, étape par étape, vers la question centrale du dossier. Concentrez-vous sur l’essentiel et résistez à la tentation de développer des arguments périphériques qui n’éclairent pas l’analyse.

J’accorde également une grande importance à la compétence technologique. Dans un système qui repose largement sur les dossiers électroniques, les juristes doivent être en mesure de naviguer efficacement dans les documents numériques et d’orienter clairement le tribunal vers les pièces pertinentes. Les difficultés technologiques comptent parmi mes sources de frustration les plus fréquentes et peuvent entraîner des ajournements ou des attributions de frais abandonnées inutiles.

Que souhaitez-vous que le public sache au sujet du système de justice?

Le système de justice est un bien précieux que les Canadiennes et Canadiens devraient véritablement chérir. Avant de rejoindre la magistrature, je connaissais très peu de juges. Une fois nommée juge, j’ai rapidement constaté que, indépendamment de l’autorité qui les a nommés ou de leurs opinions personnelles, les juges sont profondément engagés envers la primauté du droit, l’équité et la justice. Ils et elles travaillent avec un dévouement remarquable et assument leurs responsabilités avec le plus grand sérieux.

En même temps, les juges demeurent des êtres humains. La magistrature est une collectivité de personnes qui s’efforcent de rendre des décisions impartiales et justes. À une époque où la confiance du public envers les institutions peut être fragile, je crois que le système de justice canadien constitue un patrimoine unique et précieux qu’il ne faut jamais tenir comme acquis. Il s’agit d’une institution qui mérite pleinement notre appui et notre respect.