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L'honorable Michelle Cheung

The Honourable Justice CheungQuel cheminement vous a mené au monde du droit et à la magistrature??

Je suis juge au tribunal de la famille de la Cour de justice de l’Ontario. Actuellement, je suis au service des communautés de la région de Peel et du comté de Dufferin.

Je n’avais jamais envisagé de devenir avocate avant d’arriver vers la fin de mes études de premier cycle. Enfant, j’adorais les animaux et je pensais devenir vétérinaire – jusqu’à ce que mon cours de biologie de la neuvième année me convainque du contraire. J’ai alors jeté mon dévolu sur le programme d’administration hôtelière et alimentaire de l’Université de Guelph, mais à la dernière minute, j’ai décidé de m’inscrire à l’Université Western Ontario dans le but d’intégrer sa célèbre école de commerce après ma deuxième année d’études. Mais n’ayant pas été acceptée à cette école de commerce, j’ai dû me réorienter.

Sans véritable plan de carrière après l’obtention de mon diplôme, j’ai passé le LSAT et j’ai été admise à la faculté de droit Osgoode Hall. Lorsque j’ai commencé mes études de droit, j’avais l’intention de combiner mon intérêt pour les affaires avec le droit et de trouver un emploi dans le monde de l’entreprise. 

Le cours de droit de la famille était obligatoire en première année et il m’a amenée à envisager une autre possibilité. L’orientation de ma carrière a complètement changé après avoir suivi un séminaire sur les enfants et le droit, dispensé par une célèbre avocate spécialisée dans le droit de la famille. J’ai découvert le droit de la protection de l’enfance, et j’ai eu un véritable coup de cœur. J’ai effectué un stage auprès du Bureau du Tuteur Public (aujourd’hui le Bureau de l’avocat des enfants), puis j’ai exercé en cabinet privé pendant trois ans avant de me joindre à l’équipe du service juridique de la Société de l’aide à l’enfance de Toronto, où j’ai travaillé pendant 19 ans jusqu’à ma nomination à la magistrature.

Je n’ai jamais pensé devenir juge jusqu’au jour où, en milieu de carrière, un collègue m’a dit que je devrais poser ma candidature. Je n’ai pas pris cette suggestion très au sérieux, mais elle a semé une graine dans mon esprit. Ce léger coup de pouce m’a amenée à envisager que devenir juge pourrait être une prochaine étape pour moi. J’étais heureuse dans mes fonctions, mais l’idée de devenir juge a continué à me trotter dans la tête pendant plusieurs années. Lorsque j’ai senti que le moment était venu pour moi et pour ma famille, j’ai pris les mesures nécessaires pour poser ma candidature et j’ai été nommée à l’automne 2018.

Quelle expérience de votre carrière juridique vous a le mieux préparée à votre travail au sein de la magistrature?

L’expérience approfondie en litige que j’ai acquise en tant qu’avocate d’une société d’aide à l’enfance m’a préparée aux fonctions que j’occupe aujourd’hui. Le travail d’avocate d’une SAE est rapide, intense et souvent mouvementé. Il faut apprendre à trier, à établir des priorités, à réfléchir et être très organisée, car on ne peut pas toujours contrôler ou prévoir l’afflux de travail qui arrive. Ce sont des compétences que je mets à profit tous les jours en tant que juge responsable de la gestion de l’instance et juge administrative locale.

C’est au sein des tribunaux de la famille de la Cour de justice de l’Ontario que je me suis formée comme avocate. Durant cette période, j’ai vécu au rythme des litiges familiaux et de l’application de principes juridiques encadrés par la loi. J’ai travaillé avec d’autres personnes du secteur pour tenter de parvenir à l’équité et à des résultats positifs pour les enfants et les familles au sein d’une population lourdement accablée par une multitude de défis socio-économiques. Les enseignements que j’ai tirés de vingt années de travail dans ce domaine juridique m’ont énormément aidée dans l’exercice de mes fonctions judiciaires.

Quels conseils donneriez-vous aux juristes qui comparaissent devant vous?

Lorsque vous vous présentez devant le tribunal, votre réputation auprès de la cour est essentielle. Il faut des années pour se forger une solide réputation, mais il ne faut pas longtemps pour la perdre. Gardez cela à l’esprit lorsque vous décidez de la façon dont vous vous comporterez au tribunal. Chaque comparution est l’occasion d’affiner vos compétences et de vous forger une solide réputation auprès de la cour.

Ayez conscience que le système judiciaire est engorgé et agissez de manière à en atténuer les effets :

  1. Arrivez au tribunal à l’avance, avec un très bon niveau de préparation et après avoir discuté avec l’autre partie ou avoir fait de réelles tentatives en ce sens. N’attendez pas les cinq dernières minutes avant le début de l’audience pour entamer des discussions en vue d’un règlement.
  2. Plaidez de manière responsable et avec civilité. Persuadez la cour avec des preuves et des faits, sans dramatiser. Évitez de vous lancer dans des querelles inutiles avec l’avocat ou l’avocate de la partie adverse.  
  3. Veillez à ce que tous les documents écrits soient déposés auprès du tribunal à l’avance, conformément aux règles de pratique, afin que la cour puisse les examiner avant le début de l’audience.
  4. Si une audience de longue durée est inscrite au rôle et que vous savez qu’elle ne pourra pas se tenir, suivez la procédure appropriée pour en aviser le tribunal dès que possible, afin que ce temps libéré puisse être offert à une autre famille qui pourrait en avoir un besoin urgent.

Pour favoriser votre développement et votre épanouissement professionnels :

  1. Ne craignez pas de sortir de votre zone de confort. Ne reculez pas devant les dossiers difficiles ni les occasions de procès qui peuvent se présenter lorsqu’il n’est pas possible d’arriver à un règlement dans le cadre de certaines affaires. Chaque fois que j’ai participé à un procès, j’ai non seulement amélioré ma plaidoirie, mais j’ai aussi tiré des leçons qui m’ont appris à mieux faire les choses à un stade plus précoce du dossier.
  2. Impliquez-vous dans l’association juridique locale ou joignez-vous à un groupe de juristes qui se spécialisent dans le droit de la famille; créez des liens avec d’autres juristes qui deviendront vos réseaux de soutien professionnel. Chaque juriste en droit de la famille a besoin de ce type de soutien.
  3. Impliquez-vous dans la formation juridique permanente, le mentorat et d’autres possibilités d’enseignement – sans aucun doute, en tant que jeune juriste en début de carrière, vous avez vous-même bénéficié de l’aide d’une personne plus expérimentée. À votre tour d’en faire autant.