Quel cheminement vous a mené au monde du droit et à la magistrature?
J’ai eu un parcours peu conventionnel vers la magistrature parce que je n’ai jamais travaillé comme commis, je n’ai jamais fait de stage, je n’ai pas passé l’examen du Barreau et ma première comparution a eu lieu devant la Cour suprême du Canada.
J’ai commencé ma carrière en droit comme professeure de droit à l’Université d’Ottawa. Après cinq ans, j’ai répondu à un appel pour présenter mon point de vue d’universitaire au Barreau afin de pouvoir plaider en faveur d’un intervenant devant la Cour suprême du Canada dans l’affaire de l’appel d’Egan c. Canada. J’adorais l’enseignement, mais je suppose que j’ai eu la piqûre des litiges, parce que je suis ensuite passée du milieu universitaire à la pratique privée.
Pendant 22 ans, je me suis spécialisée dans le droit à l’égalité, les droits de la personne et le droit du travail, avec un accent sur les droits des personnes LGBTQ. J’ai également été conseillère en discrimination et en harcèlement pour le Barreau de l’Ontario pendant quinze ans (en parallèle à ma pratique privée). En plus de représenter des syndicats devant des arbitres et des tribunaux du droit du travail, j’ai eu l’occasion de participer à plusieurs procédures d’appel devant la Cour suprême et des cours d’appel de partout au pays. Une grande partie de mon travail était pro bono. J’ai eu la chance de travailler dans un cabinet de juristes qui soutenait des affaires d’intérêt public et de justice sociale, et qui était prêt à les financer.
Je n’ai jamais aspiré à devenir juge tout au long de ma carrière. Ça ne faisait même pas partie de mes plans pendant de nombreuses années. Puis le moment où j’avais besoin d’un changement pour redonner vie à ma curiosité intellectuelle et à mon amour du droit est arrivé. Je travaille maintenant à la magistrature depuis un peu plus de six ans et j’aime vraiment ce que je fais.
Quelle expérience de votre carrière juridique vous a le mieux préparé à votre travail au sein de la magistrature?
Mon expérience dans l’enseignement du droit m’a été extrêmement utile pour travailler avec des jurys. Je siège dans la région du Centre-Ouest, où il y a un grand nombre de procès avec jury. Il faut être capable de simplifier et d’expliquer des concepts juridiques complexes pour informer des jurys, ce qui ressemble beaucoup aux cours magistraux que l’on donne aux étudiants et aux étudiantes en droit. Mon expérience dans le milieu universitaire m’a également aidé à perfectionner mes compétences en rédaction et en édition, qui m’ont été précieuses à la magistrature.
Dans la pratique privée du droit du travail, le haut volume de litiges auxquels j’ai participé m’a aidé à maîtriser les règles de la preuve, qui sont fondamentales pour être juge. J’ai également acquis un éventail d’autres compétences polyvalentes en tant qu’avocate en droit du travail, y compris l’interprétation législative, l’interprétation contractuelle et la compréhension des principes du droit administratif, qui me sont toutes utiles aujourd’hui à la magistrature.
Dans ma pratique dans le domaine des droits de la personne, j’ai représenté des gens de diverses communautés marginalisées, ce qui m’a aidé à comprendre la nécessité de rendre la loi et le système de justice accessibles. Il s’agit de quelque chose que je tente de me rappeler tous les jours lorsque je siège en tant que juge.
Quels conseils donneriez-vous aux juristes qui comparaissent devant vous?
La liste des dix conseils à l’intention des juristes ci-dessous n’a pas un ordre précis. À mon avis, tous les éléments sont tout aussi importants les uns que les autres :
- Faites preuve de prudence lorsque vous remplissez votre formulaire de confirmation avant chaque audience ou conférence liée à une requête. C’est la première chose que lit le juge de la conférence ou le juge saisi de la motion. Précisez les problèmes à résoudre (et tous les problèmes qui ont été résolus) et les documents que vous souhaitez que le juge lise. Ne sous-estimez pas le temps dont vous avez besoin pour présenter une motion. Soyez réaliste et honnête lorsque vous remplissez le formulaire de confirmation.
- Insérez toujours des hyperliens dans vos documents. Chaque pièce jointe à un affidavit devrait avoir un hyperlien. Chaque cause citée en référence dans un mémoire ou un énoncé de droit devrait être appuyée par un hyperlien.
- Discutez des pièces à présenter avec un juriste adverse avant l’audience ou le procès et, dans la mesure du possible, présentez au tribunal un livre conjoint de pièces (en les téléchargeant dans une trousse de « documents communs ») qui peut être inscrit pour la véracité du contenu sur le consentement.
- Respectez les limites de pages énoncées dans les avis à la profession et au public.
- Découvrez comment utiliser CaseLines à votre avantage. Assurez-vous de savoir comment diriger le juge vers toute page à laquelle vous vous référez.
- Ne faites jamais de fausses déclarations et n’induisez jamais le tribunal en erreur sur des questions juridiques.
- Faites preuve de courtoisie et de professionnalisme envers tous les employés du tribunal.
- Soyez prête. Connaissez votre dossier sur le bout de vos doigts. Connaissez pleinement votre dossier pour pouvoir le consulter instinctivement.
- Maîtrisez les règles de la preuve et respectez-les devant le tribunal.
- Dans les observations orales et écrites, structurez votre argumentaire en fonction des éléments du critère juridique qu’il faut respecter. Votre but devrait être de fournir au juge un plan directeur pour obtenir la décision que votre client recherche. Prêtez une attention particulière aux questions posées par le juge ou la juge au cours d’une audience, qu’elles s’adressent à vous ou à un juriste adverse. Assurez-vous de répondre à ces questions à la satisfaction du juge ou de la juge.
Que souhaitez-vous que le public sache au sujet du système de justice?
J’aimerais que le public soit plus au courant du principe de la publicité de la justice. J’aimerais aussi que les gens passent du temps devant nos tribunaux à observer des procédures judiciaires. Souvent, la seule connaissance du système judiciaire par le public est ce qu’il voit dans des émissions de télévision des États-Unis, ce qui est théâtral et inexact, ce qu’il lit dans les grands titres des nouvelles ou entend dans les phrases-chocs d’émissions, ce qui est évidemment simplifié de façon exagérée.
Lorsque je remercie les jurés après chaque procès devant jury, ils me disent infailliblement à quel point ils ont appris en participant au système de jury. Ils me disent qu’ils ont acquis une meilleure compréhension sur la façon de démystifier en toute simplicité une affaire en observant ce qui se passe au tribunal. Je suis toujours ravie de voir que des élèves du secondaire sont assis dans ma salle d’audience pour observer les procédures.
J’espère aussi que le public sait à quel point nous sommes tous protégés par la primauté du droit au Canada, et comment tout le monde dans le système judiciaire s’efforce d’éviter les injustices.