Chère Advy,
J’approche de la mi-carrière ou de la fin de la période la plus exigeante de ma pratique, car j’ai différentes priorités, comme ma santé et certains problèmes familiaux. Je vieillis et je reconnais que j’ai changé dans ma façon de voir ma vie personnelle et professionnelle. Cependant, mon cabinet s’attend à ce que je maintienne le même rythme. Je veux trouver la façon de concilier mon changement de priorités avec ma pratique. Des suggestions?
Sincèrement,
Nouveau-Moi
Chère Nouveau-Moi,
C’est génial que vous accordiez la priorité à votre santé et à votre famille! Aussi importante soit-elle, une carrière ne peut remplacer ni l’une ni l’autre.
Vous n’êtes pas seul dans votre lutte. L’Étude nationale des déterminants de la santé et du mieux-être des professionnels du droit au Canada a révélé que le conflit entre les besoins personnels et familiaux ainsi que les exigences de la pratique juridique est un facteur important de la détresse qui mène à l’épuisement professionnel, à la dépression et à d’autres difficultés psychologiques :
« …le conflit travail-vie personnelle constitue le principal facteur de risque dans la sphère personnelle et familiale. Ce sentiment de conflit provient d’une impression chez le professionnel que le travail déborde dans la sphère personnelle et familiale jusqu’à l’empêcher d’assumer pleinement certaines de ses responsabilités autres que professionnelles. Les analyses mettent en évidence que le conflit travail-vie personnelle s’associe à une hausse significative du stress perçu, de la détresse psychologique et des symptômes dépressifs. » {Rapport Fédération}
Le problème, selon vous, est que votre cabinet s’attend à ce que vous mainteniez le même rythme de travail que lorsque vous étiez plus jeune et que vous n’aviez probablement pas à vous concentrer autant sur votre santé et sur vos problèmes familiaux.
J’ai une question préliminaire pour vous : pourquoi avez-vous l’impression que votre cabinet s’attend à ce que vous mainteniez le même rythme de travail que lorsque vous étiez plus jeune? Bien sûr, il est possible que votre observation soit parfaitement valable. Les cabinets juridiques ne sont souvent pas unanimes quand il s’agit de la gestion de la pratique. Comme l’a fait remarquer une jeune juriste qui a écrit dans cette chronique, la pression de rester tard au bureau est moins une politique ferme qu’une « règle » tacite et parfois inconsciente du milieu de travail juridique. La meilleure façon d’avoir la certitude de connaître les attentes réelles de votre cabinet est d’avoir une discussion franche à ce sujet avec vos collègues. Peut-être n’ont-ils jamais pensé à ce qu’ils attendent de vous par rapport au nombre d’heures que vous consacrez au travail.
Supposons que vous avez raison et que les attentes de votre cabinet vous empêchent de trouver l’équilibre entre les désirs et besoins du cabinet, d’une part, et les besoins de votre famille et de votre propre santé. Mon premier conseil est le suivant : vous n’avez pas à passer à travers cette épreuve sans aide.
Une citation souvent attribuée à Abraham Lincoln est « Quiconque agit comme son propre avocat, a un fou comme client ». Or, Abraham Lincoln a peut-être été un peu injuste envers les juristes qui se représentent eux-mêmes, mais il y a néanmoins une part de vérité à cet adage. Vous pouvez appliquer la même logique lorsque vous gérez des facteurs de stress psychologiques comme des problèmes juridiques. Essayer de composer avec le conflit travail-vie personnelle sans aide n’est pas nécessairement sage, surtout quand de l’aide est facilement à votre disposition. Votre programme d’aide aux juristes local compte des conseillers et des conseillères, et, dans bien des cas, des bénévoles de soutien par les pairs qui peuvent vous aider à gérer votre vie professionnelle et votre vie personnelle. Ces programmes sont gratuits et confidentiels. Quelques programmes offrent aussi le même type d’aide aux membres de votre famille, de sorte que les autres personnes de votre ménage qui font face à ce stress peuvent également bénéficier d’une aide gratuite. Appelez votre programme d’aide aux juristes et informez-vous de ce qui est offert dans votre région.
Maintenant, comment redéfinir les attentes du cabinet qui mettent de la pression sur votre santé et sur vos engagements familiaux?
En fin de compte, il s’agit d’une négociation. Vous et le cabinet avez des besoins conflictuels qu’il faut concilier pour que votre relation se poursuive. Je recommande de lire une lettre envoyée à la présente chronique afin de connaître des stratégies précises pour négocier un changement dans le style ou le rythme de votre pratique.
La clé, cependant, est de reconnaître qu’il s’agit d’une négociation, en substance d’une négociation avec votre cabinet au sujet d’une question d’affaires. Il n’est pas étonnant que vous ayez peut-être besoin de lire cette dernière phrase deux fois. La disponibilité limitée des stylos ou de la capacité du réseau Wi-Fi sont des questions d’affaires au même titre que les limites de votre disponibilité par rapport aux besoins du cabinet. Votre besoin de réduire votre charge de travail pour répondre à vos exigences personnelles et familiales n’est pas un échec.
Plusieurs juristes se sentent souvent obligées d’exceller dans leur carrière et dans leur vie familiale. Cette idée que vous pouvez remplir parfaitement et indéfiniment tous les rôles que vous jouez dans votre vie mène à l’épuisement professionnel et à des situations encore plus dangereuses, comme mentionné dans le passage susmentionné de l’Étude nationale.
Pourquoi est-ce que je continue à parler de ce sujet? Comme dans de nombreuses négociations, la personne la plus difficile à gérer à la table de négociation est souvent vous-même. Des sentiments de culpabilité et d’inadéquation peuvent vous amener à faire des concessions que vous regrettez plus tard et à vous discréditer d’autres manières. La culpabilité persistante de ne pas être capable de répondre à toutes les attentes des autres peut non seulement entraver vos négociations avec votre cabinet, mais aussi rendre votre vie misérable. Ainsi, la première étape pour approcher votre cabinet par rapport à ce problème est de vous faire à l’idée que vous ne pouvez pas toujours « tout faire » et que c’est simplement parce que vous êtes humain.
Puisque nous nous attaquons aux mythes nocifs, en voici un autre : « Demander à mes collègues d’accepter mes limites en matière de disponibilité fera en sorte qu’ils pensent moins à moi. » Nous, êtres humains, sous-estimons constamment la volonté des autres de nous soutenir lorsque nous faisons des demandes. En fait, des preuves solides démontrent que les gens vous considéreront comme plus compétent, pas moins compétent, si vous demandez de l’aide. Votre cabinet a un intérêt direct dans votre productivité et votre créativité sur le long terme. Même d’un point de vue purement intéressé, votre cabinet est beaucoup plus susceptible que vous ne vous laissez croire d’accepter des limites raisonnables en ce qui concerne votre vie personnelle et familiale. Lorsque votre cabinet semble vous demander de consacrer de longues heures que vous ne pouvez pas supporter, il y a de fortes chances que ce ne soit pas un désir de ruiner votre vie, mais plutôt une simple omission de penser aux conséquences sur votre vie et sur votre santé. Cette attente à laquelle vous faites référence pourrait très bien être le fruit d’une étourderie.
Approchez vos collègues, idéalement en personne. Ce genre de demande en personne ou (comme deuxième choix) par vidéo ou par téléphone a beaucoup plus de chances de réussite qu’une demande écrite. Dites-leur franchement que vous devez limiter votre charge de travail afin d’assurer votre propre bien-être et celui de votre famille. Ouvrez la porte à une discussion créative et positive sur la façon dont vous pourriez répondre à des attentes raisonnables tout en préservant ou même en reconstruisant une vie personnelle épanouissante.
Préparez-vous à une réaction pas tout à fait idéale au début. Non, je ne vous dis pas de vous attendre au pire. Comme nous l’avons souligné plus tôt, vos collègues sont plus susceptibles d’accueillir favorablement vos paroles que vous ne le croyez. Cependant, les êtres humains disent souvent des choses stupides, surtout lorsqu’ils sont pris par surprise. Ne vous attardez pas trop à un commentaire insensible que vous pourriez recevoir lorsque vous aborderez la question pour la première fois avec vos collègues. Bien que cela n’excuse pas ce que quelqu’un peut dire, rappelez-vous que vous visez un changement dans la façon dont le cabinet vous traite. Accordez plus d’attention à ce que vos collègues font réellement en réponse à votre demande d’une pratique plus limitée plutôt qu’à ce que l’un d’eux peut dire, surtout au début.
J’espère que vous trouverez le moyen de trouver l’équilibre entre vos besoins personnels et familiaux, et les exigences de votre carrière.
Prenez bien soin de vous.
Advy