J.D. ou LL.B.? Qui s’en soucie?
Par Alison Arnot
« Qu'y a-t-il dans un nom? Ce que nous appelons rose par n'importe quel autre nom sentirait aussi bon ». William Shakespeare a écrit cela il y a plusieurs siècles. En 2001, l’Université de Toronto a mis à l’essai cette théorie lorsqu’elle est devenue la première faculté de droit au Canada à modifier la désignation de son LL.B. au profit de la désignation de J.D. (Juris Doctor).
En réponse aux initiatives menées par les étudiants, plusieurs autres, y compris l’Université de Western Ontario, la UBC, l’Université Queen’s ainsi que Osgoode Hall, se sont ralliés au mouvement l’année dernière. L’objectif de ce changement est d’instaurer une parité avec d’autres professions comme pour les doctorats (M.D) et d’augmenter la reconnaissance du diplôme à l’échelle internationale.
Mais que pensent les recruteurs des cabinets d’avocats situés au Canada et à l’étranger du débat opposant le J.D. au LL.B.? Pas grand-chose.
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Le JD : « Ce n’est qu’un changement dans le titre, il ne s’agit pas d’une modification dans les qualifications. »
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« Sur le marché de Vancouver et probablement à l’échelle du marché canadien, cela ne crée aucune différence, indique Nadia Myerthall, directrice du programme étudiant chez Davis s.r.l., à Vancouver. C’est exactement la même chose. Ce n’est qu’un changement dans le titre, il ne s’agit pas d’une modification dans les qualifications ».
« Je reçois les curriculum vitae de candidats de l’Université de Toronto ayant obtenu un J.D., et je les compare à ceux d’autres candidats d’autres facultés de droit. Le fait qu’ils aient un J.D. n’est pas considéré comme un élément plus favorable, ils ont juste leur diplôme en droit. » Cependant, elle ajoute : « Je pense que pour les étudiants qui cherchent peut-être à faire carrière à l’international, le J.D. est plus reconnu que le LL.B. »
En fait, une des raisons citées pour la modification en faveur du J.D. est que les recruteurs situés à l’étranger peuvent confondre le LL.B. avec un diplôme de premier cycle. Au Royaume-Uni, par exemple, les étudiants qui obtiennent un LL.B. arrivent à la faculté de droit en sortant directement du lycée.
« Le LL.B. canadien présente une différence au niveau des compétences et des qualifications qu’il renferme, indique Myerthall, mais cela peut parfois se perdre dans l’interprétation ». On pense que l’appellation J.D. soulignerait le fait que la plupart, si ce n’est tous les diplômés canadiens, obtiennent un diplôme de premier cycle avant de poursuivre leurs études en droit.
« À l’origine, je pense que l’Université de Toronto a fait cela parce le marché pour leurs étudiants est plus centré que d’autres facultés sur les États-Unis et d’autres pays », indique Patti MacDonald, directrice des programmes pour les étudiants et les avocats-collaborateurs chez Gowling Lafleur Henderson s.r.l. à Toronto. « Je pense qu’ils ont peut-être considéré que certains de ces recruteurs n’ont pas compris quelles étaient les différences entre les appellations. ».
Les recruteurs américains ont-ils par conséquent du mal à comprendre quelle est la durée requise pour obtenir un LL.B.?
« Je pense que les cabinets de renom ont une bonne compréhension du système scolaire canadien et saisissent ce qu’est un LL.B. », affirme Caronline Menes, directrice du recrutement juridique chez Proskauer Rose s.r.l., à New York.
« Pour Proskauer Rose, le fait qu’un étudiant dispose d’un J.D. ou d’un LL.B. est sans conséquence... Je ne pense pas que l’un quelconque des autres grands cabinets considérerait un étudiant possédant un J.D. de manière plus favorable qu’un autre qui a obtenu un LL.B. Les avocats de notre cabinet travaillent de façon régulière aux côtés et contre des avocats canadiens, et reconnaissent que leur expertise juridique est égale à celle des avocats américains. »
« Toute personne qui travaille dans le domaine du recrutement devrait avoir conscience des différences ou de l’absence de différences, entre les diverses appellations des diplômes en droit, indique Mme MacDonald de Toronto. Si vous êtes chargé du recrutement, que vous examiniez un curriculum vitae, vous voyez les diplômes que possèdent les candidats, les universités qu’ils ont fréquentées, s’il s’agit d’un diplôme complet ou partiel. Vous ne faites pas qu’écumer les qualifications et examiner le J.D. par opposition au LL.B. ».
Ainsi, si le changement de nom du diplôme est sans conséquence, y a-t-il autre chose que les facultés de droit devraient faire pour améliorer les perspectives de leurs diplômés?
« Je ne sais pas s’ils ont besoin d’améliorer leur diplôme, indique Mme MacDonald. Je pense que notre système scolaire est pour la plupart très approprié. Certaines facultés placent un peu plus l’accent sur certains domaines que les autres facultés. Cela aide les étudiants à choisir dans quelle faculté de droit ils veulent aller, en fonction des différents centres d’intérêt des facultés. »
Pour sa part, Mme Menes à New York ne voit aucun aspect négatif de la formation juridique canadienne. « Nous avons récemment renforcé nos efforts dans le recrutement auprès des facultés canadiennes, et nous avons hâte d’augmenter notre présence sur les campus canadiens et de recruter davantage d’étudiants canadiens dans notre cabinet », dit-elle.
Dans le cadre de la modification proposée du LL.B. au profit du J.D., les universités offrent à leurs anciens étudiants de la faculté de droit la possibilité de modifier leur appellation actuelle. Il reste à savoir si de nombreux étudiants accepteront leur offre. « Si l’on me donne la possibilité de modifier le titre de mon diplôme, dit Mme MacDonald, je ne le ferai pas. ».
Alison Arnot est rédactrice indépendante.
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