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Les questions que vous devez vous poser avant d’accepter un poste en entreprise

Vous voulez poser votre candidature à un poste de conseiller juridique d’entreprise? Décidez si un tel emploi vous convient et faites des recherches sur votre employeur éventuel avant de postuler.

Auteure : Beth Raymer

Vous travaillez d’arrache-pied comme juriste débutant au sein d’un cabinet juridique privé et vous vous demandez si vous y consacrerez moins d’heures un jour et si vous n’aurez jamais l’occasion de faire vos preuves. Bien que la fonction de conseiller juridique d’entreprise soit très attirante, il ne faut pas tenir pour acquis que les heures de travail soient moins nombreuses. Le boulot d’un conseiller juridique d’entreprise peut être tout aussi exigeant que celui d’un avocat en pratique privée, et la transition d’un milieu à l’autre est non négligeable.

Il va de soi que tout candidat à un nouveau poste doit diligemment se renseigner sur son employeur futur, mais ceci vaut particulièrement pour les jeunes avocats, œuvrant déjà au sein d’un cabinet juridique, qui pensent faire la transition à un poste de conseiller juridique d’entreprise. Bien que les enjeux soient considérables, il vaut souvent la peine de tenter le coup.

Ce à quoi il faut s’attendre en tant que conseiller juridique d’entreprise

« Ce que la plupart des gens apprécient de la pratique en entreprise », affirme Linda Robertson de la firme Advocacy Legal Consultants, à Vancouver, « c’est l’occasion de se concentrer sur l’exercice du droit » sans devoir faire face aux défis liés à la prospection de clients et la facturation du plus grand nombre d’heures possible.

Me Robertson, qui a fait le gros de sa carrière à titre d’avocate-conseil en Colombie-Britannique, ajoute que le travail en entreprise est un travail d’équipe et de collaboration.

Ne soyez pas prêt à tout miser sur une réduction d’heures passées au bureau. Dans plusieurs entreprises, les avocats font des heures presque aussi longues que leurs homologues en pratique privée. Le Baromètre des conseillers et conseillères juridiques d’entreprises 2010, un sondage effectué par l’Association des conseillers et conseillères juridiques d’entreprises (ACCJE) et le cabinet Davies Ward Phillips & Vineberg s.r.l. (Davies), indique que les conseillers et conseillères juridiques d’entreprises travaillent, en moyenne, de 41 heures à 51 heures par semaine. La seule différence est que ces derniers travaillent pour le compte d’un seul client, c’est-à-dire, l’entreprise ou l’employeur.

Baromètre des conseillers et conseillères juridiques d’entreprises 2010 – ACCJE et Davies

En 2005, le cabinet Davies Ward Phillips & Vineberg s.r.l. a lancé un projet conjoint avec l’Association des conseillers et conseillères juridiques d’entreprises (ACCJE) afin d’élaborer et de diffuser un sondage pour obtenir les opinions des membres de l’ACCJE sur des sujets touchant leurs fonctions (le Baromètre des conseillers et conseillères juridiques d’entreprises). Les résultats du Baromètre 2010 ont été présentés à la Conférence annuelle du printemps de l’ACCJE. En voici quelques faits saillants :

  • Les conseillers et conseillères juridiques d’entreprises ont tendance à travailler en équipe. En moyenne, 11 avocats et 6 membres du personnel de soutien travaillent au sein du service juridique. Par contre, environ un quart (23 %) des conseillers juridiques d’entreprises travaillent seuls à ce titre dans leur organisation et 22 % de ces derniers œuvrent au sein de services juridiques composés de 2 ou 3 avocats. 

  • Environ deux sur cinq avocats (43 %) ont exercé le droit en pratique privée pendant moins de cinq ans et à peu près la même proportion de ces derniers (39 %) y ont exercé de cinq à neuf ans. Seulement 5 % de ceux-ci ont décidé de devenir conseillers juridiques d’entreprises après plus de 20 ans en pratique privée.

  • La moitié de tous les conseillers juridiques d’entreprises travaillent, en moyenne, de 41 à 51 heures par semaine. Ces données coïncident avec les résultats obtenus en 2007. Ceux et celles qui œuvrent au sein des organisations ayant les chiffres d’affaires annuels les plus élevés (entre 10 et 50 milliards de dollars) travaillent de plus longues heures. À l’inverse, les avocats au gouvernement et dans des organismes de bienfaisance travaillent le moins d’heures, en moyenne.

  • Les conseillers juridiques d’entreprises passent chaque jour, en moyenne, 47 % de leur temps à faire du travail juridique, 29 % à faire de la gestion et 24 % à se concentrer sur la stratégie d’entreprise ou des conseils sur le plan commercial.

  • Presque tous les conseillers juridiques (95 %) affirment qu’ils recommanderaient probablement le travail en entreprise à titre de carrière à leurs amis ou collègues qui œuvrent en pratique privée, par rapport à 77 % en 2009 et 79 % en 2008. Ils donnent les raisons suivantes : un meilleur équilibre travail-vie personnelle (27 %), le genre de travail (16 %) et l’inclusion dans les décisions opérationnelles (10 %).

Aperçu des conseillers juridiques d’entreprises selon différentes catégories :

  • Les conseillers juridiques d’entreprises œuvrant au sein de sociétés cotées travaillent normalement en équipes composées d’un plus grand nombre de membres que leurs homologues qui travaillent pour le compte d’autres types d’organismes.  

  • Ceux et celles qui œuvrent dans des « filiales en propriété exclusive » sont plus portés à faire part d’un manque de ressources (24 %) que leurs collègues dans d’autres milieux (15 %).  

  • Les conseillers juridiques en « entreprise privée » sont plus fréquemment aux prises avec un manque de compréhension relatif à leur rôle dans l’organisation de la part de clients et de collègues que leurs homologues exerçant dans d’autres types d’entreprises.  

  • Les conseillers juridiques œuvrant au gouvernement exercent le droit depuis 19 ans, une moyenne plus élevée que la moyenne globale de 16 ans.  

  • Les conseillers juridiques qui travaillent dans des organismes de bienfaisance le font plus souvent au sein d’équipes plus petites que leurs collègues dans d’autres genres d’organisations.  

Pour consulter d’autres résultats du sondage, visitez le

http://www.dwpv.com/images/Barometre_
des_conseillers_et_conseilleres_juridiques_
d_entreprises_2010.pdf#page=1&zoom=100

Passer de la production de recettes à la création de coûts

« Au sein de cette entreprise unique, vous aurez quand même à faire la part des intérêts divergents et à gérer votre temps face à de multiples exigences », explique Me Robertson. Mais, puisque les employés travaillent tous au service du même « client », et ont une meilleure idée des projets à venir, « il est plus facile de gérer son temps… aussi, il ne faut pas tenir compte de versements salariaux en fonction du travail fourni. En entreprise, c’est la société qui s’en occupe. »

D’un côté moins positif, « en quittant la pratique privée pour devenir conseiller juridique, le juriste passe de la production de recettes pour l’employeur à la création de coûts », explique Adam Pekarsky, un avocat de troisième génération d’Alberta et président de la firme de recrutement d’avocats The Pekarsky Group, à Calgary. « Si vous pensiez que le stress lié aux heures facturables et à la feuille de temps vous ferait perdre le nord, ce n’est rien comparativement au fait d’engendrer des coûts pour le compte de l’employeur. »

Les différents rôles du conseiller juridique

De plus, en pratique privée « on donne beaucoup de poids à vos conseils : puisque les clients paient pour ces conseils, ils vont probablement agir en conséquence de ceux-ci », explique Pekarsky. « Par contre, à titre de conseiller juridique d’entreprise, votre opinion, bien qu’intéressante, n’est pas toujours déterminante. En fin de compte, les gens d’affaires prendront leurs propres décisions et ils ne tiendront peut-être pas compte de vos conseils. Cela peut s’avérer difficile à accepter pour ceux et celles qui viennent de quitter la pratique privée. »

« Le plus grand défi c’est de faire son travail d’avocat, c’est-à-dire de donner de bons conseils juridiques, tout en adaptant ces derniers en fonction du milieu des affaires. »

En outre, les entreprises ne portent pas toutes le même degré d’estime pour leurs avocats ou leur service juridique. Dans certaines entreprises, le service juridique est en place afin que l’entreprise puisse se conformer à la réglementation et il devient donc un mal nécessaire. Et si vous ne travaillez pas dans un grand service juridique, il se peut, par exemple, que vous deviez vous rapporter à un ingénieur qui fait partie du « groupe sur le terrain ».

Conseiller en affaires

Finalement, ne vous lancez pas en entreprise trop tôt. « Contrairement à la pratique privée, en entreprise, il n’existe pas de ressources qui pourraient vous aider à perfectionner vos habiletés professionnelles en tant que conseiller juridique », affirme Carol Fitzwilliam, fondatrice de la firme Fitzwilliam Recrutement juridique, à Montréal. « Si vous choisissez l’exercice du droit en entreprise, il est judicieux d’avoir de l’expérience à votre actif avant de commencer. »

Les conseillers juridiques d’entreprises doivent également posséder des connaissances sur le plan commercial puisqu’ils sont souvent tenus d’agir à titre de conseillers en affaires. « Le plus grand défi, avoue Me Fitzwilliam, c’est de faire son travail d’avocat, c’est-à-dire de donner de bons conseils juridiques, tout en adaptant ces derniers en fonction du milieu des affaires. » Il ne faut pas mettre de côté sa formation en droit et devenir uniquement conseiller en affaires; à titre d’avocat, vous avez été embauché en raison de votre expertise en droit. »

Comment se préparer avant l’entrevue

« Le plus vous en connaissez au sujet de l’entreprise avant l’entrevue, le mieux vous répondrez aux questions qu’on vous pose », déclare Me Robertson. Les employeurs apprécient les avocats qui sont « déjà au courant de tous les aspects relatifs aux affaires de l’entreprise. » Il est également primordial de démontrer une volonté d’en apprendre davantage : un des clients de Me Robertson est convaincu qu’il a obtenu un poste en entreprise parce qu’il a dit, lors de l’entrevue, qu’il voulait connaître les affaires de la société à fond et a demandé s’il aurait l’occasion, au cours des premiers mois après l’embauche, de rencontrer les membres des autres services afin de discuter avec eux et d’apprendre à connaître le déroulement des affaires de cette entreprise.

Me Robertson ajoute qu’elle fait savoir à ses clients « que les entreprises cherchent des gens qui sont prêts à travailler fort, puisque tout comme en pratique privée, les journées de travail sont longues. Les sociétés cherchent des personnes qui travaillent bien en équipe, dans un contexte de collaboration. Elles ne cherchent pas des avocats qui donnent toute une panoplie de raisons pour lesquelles un plan ne peut pas être exécuté, mais plutôt un membre du service juridique en entreprise qui est prêt à coopérer avec les directeurs d’entreprises afin de trouver des solutions. »

Structure de l’entreprise

Au cours de l’entrevue, informez-vous sur la structure de l’entreprise : est-ce que vous vous rapporterez à un avocat-conseil, un vice-président, ou au chef de la direction? Cela pourrait modifier l’étendue de vos responsabilités. Quel est votre rôle? Vous joindrez-vous à l’équipe de dirigeants ou vous rapporterez-vous plutôt à quelqu’un d’autre au sein de l’entreprise? « Si vous êtes le conseiller juridique principal de l’entreprise, il est crucial de savoir à qui vous vous rapporterez », souligne Me Robertson – et aussi, de savoir à quel point vous serez en communication avec le chef de la direction et le conseil d’administration. « C’est une question qui aura une incidence sur votre efficacité. »

Il est bon de savoir si vous ferez partie d’un groupe de conseillers juridiques ou si vous serez le seul avocat de l’entreprise. Selon le sondage Baromètre des conseillers et conseillères juridiques d’entreprises, en moyenne, les services juridiques en entreprise comptent onze avocats et six membres du personnel de soutien.

« Toutefois, environ un quart des conseillers juridiques d’entreprises travaillent seuls à ce titre dans leur organisation; ce genre de poste peut ne pas convenir à un juriste en début de carrière », suggère Me Robertson.

Avocats externes

Il est également important de savoir si vous allez devoir traiter avec des avocats externes. Comme les petites entreprises se fient souvent aux avocats externes pour obtenir des conseils spécialisés, renseignez-vous sur l’identité de ces derniers afin de savoir qui sera en mesure de vous aider, le cas échéant.

Rémunération

Vous devriez aussi poser des questions sur la structure de la rémunération, suggère Me Pekarsky : « Au sein d’une société cotée, la rémunération de base peut être très basse, mais vous aurez peut-être un droit sur l’actif [une option d’achat d’actions]. » Figurent notamment parmi les autres avantages sociaux en entreprise, l’indemnité pour usage d’un véhicule personnel, des cibles garanties dans le cadre d’un programme d’incitation au rendement à court terme et un service de ressources humaines avancé « qui communique clairement quelles sont les possibilités pour vous dans votre cheminement au sein de l’entreprise ».

Prévisions de la société

Consultez le rapport annuel de l’entreprise et renseignez-vous sur la situation financière de celle-ci (dans le cadre d’une question sur une partie du rapport annuel) et sur la stabilité de l’entreprise : si cette dernière est une filiale d’une société américaine ou européenne, vous pourriez poser des questions sur l’avenir de l’entreprise canadienne. En raison du resserrement de l’économie, « de nombreux services juridiques sont éliminés au Canada », affirme Me Pekarsky. Dans le cas d’une société cotée, il s’agit de s’informer auprès d’un analyste du marché boursier.

Rendez-vous sur le terrain, souligne Me Robertson. « Dites-leur que vous voulez passer du temps dans les succursales, avec les clients, dans le service financier, dans le service à la clientèle », renchérit-elle. S’il existe des bureaux régionaux, rendez-vous sur place. « Assoyez-vous dans ces bureaux et écoutez attentivement les responsables du service des ventes : il est important d’observer le déroulement des affaires et de tisser des liens. »

Beth Raymer est rédactrice indépendante.

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