Le parcours n’est jamais typique
Par Stéphanie Riccio
Jamais je n’aurais imaginé que le droit me mènerait à passer trois années inoubliables en Chine.
Comme beaucoup de gens, j’ai atterri à la fac sans dessein ni destin. Je venais tout juste de terminer un bac en administration des affaires, et les perspectives d’emploi n’étaient pas très alléchantes. Alors pourquoi pas des études en droit, histoire d’élargir mes horizons? Puis le droit mène à tout, non?
Du reste, je me disais que trois ou quatre années en droit me donneraient le prétexte qu’il me fallait pour remettre à plus tard les grandes décisions quant à mon avenir.
Enfin, c'est ce que j’osais espérer, mais je me trompais. Le parcours typique d’un étudiant en droit est bien différent.
Avant d’avoir terminé sa deuxième année, on prépare son CV, on se lance dans la fameuse course au stage et, avec des notes légèrement au-dessus de la moyenne et un peu d’entregent, on décroche un stage et voilà, le tour est joué! À vrai dire, on entendait rarement parler des étudiants qui choisissaient un parcours différent, même si les grands bureaux n’offrent en tout qu’une centaine de stages par année.
Enfin, après les examens du Barreau, j’ai complété mon stage au sein d’un grand cabinet de Montréal. J’avais accepté l’offre, je l’admets, sans y réfléchir vraiment. Ont suivi mon assermentation et un premier emploi à titre d’avocate. Je travaillais alors pour un organisme paragouvernemental dans le domaine de la finance, ce qui cadrait parfaitement avec mes deux domaines d’études.
Après un an par contre, je suis arrivée un matin au travail, me suis assise à mon cubicule et là, tout d’un coup, j’ai eu un besoin pressant de changer d’air… Tout allait bien pourtant, ma carrière suivait son cours, mais je me trouvais encore trop jeune pour me cantonner à cet emploi du centre-ville de Monal.
Il faut dire aussi que j’avais toujours été la « grande voyageuse » de la famille : je connaissais bien l’Europe et j’avais aussi travaillé aux États-Unis dans le cadre d’un programme « vacances-travail ».
Mais cette fois-ci, je brûlais d’envie de repartir explorer le monde, tout en exerçant ma profession. Le seul hic : je n’avais aucune expérience professionnelle à l’international. Je me suis donc inscrite à un programme de maîtrise en droit international à l’Université d’Ottawa, que je me suis empressée de compléter à l’intérieur d’une année. Ensuite, je suis retournée en Europe, à Strasbourg plus précisément, où j’ai travaillé pour une organisation internationale gouvernementale.
Un jour, une bonne amie m’a parlé d’une ouverture de poste au sein d’un centre financier international de Montréal.
Ils cherchaient un avocat pour leurs opérations en Chine, où ils représentaient des investisseurs chinois désirant immigrer au Canada. J’ai envoyé ma candidature et très vite je me suis retrouvée, à partir d’octobre 2006, à parcourir les villes les plus enivrantes de la Chine : Beijing, Shanghai et Hong Kong.
Basée à Hong Kong, je me promenais entre ces trois villes pour y rencontrer des clients, préparer leur dossier d’immigration et donner des conférences sur les programmes d’immigration canadiens.
J’ai aussi eu la chance de visiter une trentaine d’autres villes, dont Harbin, Tianjin, Dalian, Qingdao, Guangzhou, Fuzhou et Chengdu. J’ai tout adoré de la Chine contemporaine : l’accueil chaleureux des Chinois, leur curiosité quant aux occidentaux, leur débrouillardise, leur dynamisme, la cohabitation des valeurs traditionnelles et d’une quête effrénée de la modernité, les gratte-ciels qui surgissent le temps d’un clin d’oeil, les délices chinoises, les différents accents, les rencontres improvisées, les "hutongs" de Beijing et la frénésie des Jeux de 2008, et les nuits combien éternelles de Shanghai et Hong Kong…
Et puis en 2009, un peu plus de trois ans après avoir vu pour la première fois les splendeurs de l’Empire du Milieu, je me suis sentie soudainement bien loin de Montréal et j’ai demandé à mon patron de me rapatrier au Canada. Là, l’envie me prenait d’explorer de nouvelles avenues au plan professionnel : la pratique du droit disons « plus traditionnelle » me manquait.
Et voilà que je m’épanouis au sein d’un cabinet boutique du Vieux-Montréal, spécialisé en droit commercial et en litige. J’ai la chance d’être entourée de collègues aussi jeunes d’esprit et aventuriers que moi, qui s’investissent dans leur profession, mais qui profitent aussi pleinement de la vie. Bien sûr j’ai dû réapprendre à connaître mon hometown, que je trouvais bien petit à mon retour, mais que j’apprécie pleinement aujourd’hui. Mais pour combien de temps…?
Stéphanie Riccio est avocate exerçant à Montréal. Elle est diplômée de l’Université de Montréal et de l’Université d’Ottawa.
– Cet article a d'abord paru dans le numéro étudiant 2011 du Magazine National. Consulter d'autres articles ici: http://www.cba.org/abc/PracticeLinkfr/careerbuilders_students/.
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