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Attention à la cyber-réputation!

Par Bertrand Salvas

Au départ perçu comme un simple outil de travail, l’informatique en est venue à changer notre vision du monde et, surtout, la vision que le monde porte sur nous. Conjuguée au phénomène de persistance de l’information qui caractérise le Web, la préservation de sa cyber-réputation devrait très tôt préoccuper tout internaute, surtout celui qui aspire à se lancer un jour dans une profession dite « libérale ».

S’il ne faut jamais lancer de pierre quand on habite une maison de verre, il semble qu’il faille aussi désormais porter attention à ce qu’on y fait. En effet, Internet se compare aujourd’hui à une maison de verre par la multiplication des blogues et sites de réseautage qui sont venus surmultiplier les risques déjà connus liés aux bons vieux forums de discussion. Et les internautes semblent très portés à dévoiler sans retenue de nombreux aspects de leur vie privée, sans se douter des conséquences à long terme de ces indiscrétions. Mais où se trouvent les principaux risques et les endroits où ils sont le plus courus?

Attention à la cyber-réputation!

Si la réutilisation des données accumulées dans les forums et les groupes de discussion a tôt fait de susciter des craintes pour tout internaute soucieux de préserver sa cyber-réputation, que penser des nouveaux et puissants moyens de communication qui leur ont succédé?

Lieu d’échange par excellence depuis les premiers balbutiements du Web, les forums et groupes de discussion nous ont donné un avant-goût des risques liés à l’usage d’outils de communication informatique.  Car la plupart des participants à ces premiers forums ont cru à l’illusion de la sécurité que leur procurait leur petit univers juste à eux.  Ils n’avaient aucune idée que leurs échanges étaient stockés et ne s’attendaient pas à ce qu’ils se retrouvent intégralement sur l’Internet moderne. Ainsi de respectables professionnels, hommes d’affaires ou politiciens ont vu les récits de leurs soirées bien arrosées ou leurs opinions politiques sur des sujets délicats refaire inopinément surface et revenir les hanter.

La survenance de tels événements a amené la naissance de théories réclamant l’instauration d’un « droit à l’oubli » qui viendrait forcer la destruction de telles données après un certain nombre d’années. On voudrait de cette façon forcer l’Internet à se soumettre aux mêmes règles que la nature impose à l’humain, dont les souvenirs de conversations s’émoussent avec le temps. Mais si la réutilisation des données accumulées dans les forums et les groupes de discussion a tôt fait de susciter des craintes pour tout internaute soucieux de préserver sa cyber-réputation, que penser des nouveaux et puissants moyens de communication qui leur ont succédé ?

La plus grande différence entre les deux est le but hautement lucratif des nouveaux par rapport à l’aspect bon enfant et quasi souterrain des anciens. En effet, les problèmes liés aux données des forums ont surtout résulté de la mise en ligne a posteriori d’archives de discussions que tout le monde croyait disparues, alors que les sites de réseautage ont plutôt pour but avoué de recueillir de l’information et de l’utiliser à des fins de publicité ou de revente.

Vincent Gautrais, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de l’Université de Montréal en droit de la sécurité et des affaires électroniques, a examiné les politiques d’utilisation d’un des principaux sites de réseautage, Facebook, et a constaté que toute l’information stockée sur ses serveurs devient ipso facto sa propriété. Donc les textes, photos, vidéos ou autres productions publiées sur ce site peuvent être réutilisées, revendues ou republiées à l’infini sans grand contrôle de la part des personnes concernées. Mais Me Gautrais ajoute tout de même un bémol : « Je ne suis pas sûr de l’intérêt que Facebook pourrait trouver dans la majorité des œuvres qu’on retrouve sur ses pages. Le risque est davantage lié aux images de soi qui seraient prises et publiées ainsi par d'autres personnes. Le problème principal ici est lié au droit à l’image ».

Alors comment faire pour se protéger? Il faut d’abord perdre ses illusions et réaliser que l’Internet n’est pas un monde à part, coupé de la réalité. Il est donc aussi dangereux, sinon plus, d’y dévoiler ses informations personnelles ou sa face cachée que dans le monde dit « réel ».

Pour Cynthia Chassigneux, agente de recherche au Centre de recherche en droit public et docteur en droit (vie privée et commerce électronique), le réalisme est la clé de l’énigme. Selon son expérience, et à l’image de la population en général, peu d’étudiants connaissent les risques liés au dévoilement de certains côtés de leur intimité sur Internet, plus particulièrement sur des sites comme Facebook ou MySpace.

« Il faut être conscient des lacunes de ces systèmes dès le départ, et être prêt à vivre avec les conséquences de ses actes.  Facebook n’est plus une nouveauté et offre depuis peu une interface en français. Il n’y a donc plus d’excuses pour ne pas apprendre à s’y protéger. Il importe de bien lire les mises en garde, et d’assortir sa page des limites et restrictions d’accès qui correspondent à notre seuil de tolérance. Si on choisit ensuite d’ouvrir son monde virtuel à tous, il faut en accepter les conséquences. »

Mais il ne faut pas non plus sombrer dans la paranoïa, ni croire votre perdition assurée dès l’instant où vous participez à des tels sites, ou à d’autres modes d’expression du Web comme les blogues ou les forums. Me Gautrais nous laisse à cet effet le mot de la fin : « Les risques qui existent ne doivent aucunement empêcher d’utiliser cette technologie. Ces technologies sont là pour rester et leur efficacité est telle qu’il serait « dangereux » de ne pas les utiliser. Il faut bien comprendre qu’il n’existe aucune menace contre laquelle on ne puisse se prémunir avec un minimum d’éducation, de prise de conscience. »

Vous êtes maintenant avertis! Alors prenez vos précautions, et naviguez en paix!

Bertrand Salvas est avocat et rédacteur indépendant.

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