Le mentorat : apprendre de l’expérience des autres
par Cheryl Stephens,
vice-présidente, Section de la gestion de la pratique du droit et technologie
En soutenant un jeune collègue, personnellement ou professionnellement, un mentor joue un rôle important dans la communauté d’affaires. Il devient source d’information et d’inspiration pour une recrue. Il donne l’exemple aux générations futures, en contribuant à construire la communauté d’affaires et en renforçant les liens entre les générations.
Quand plusieurs d’entre nous étions de jeunes praticiennes et praticiens, on ne parlait guère de mentorat. Ces dernières années, cependant, le mentorat a gagné en importance et en popularité dans le monde des affaires. De plus en plus, les entreprises commencent à comprendre la valeur de transmettre des compétences et des conseils d’une génération à l’autre par la dynamique des rapports entre un mentor et son protégé.
Les avocates, avocats et notaires commencent aussi, graduellement, à apprécier les bénéfices qui peuvent être transmis d’associé à salarié dans un scénario de mentorat. Au-delà des compétences et du savoir, le mentor communique de sages conseils sur la manière de cimenter les rapports juriste-client, d’équilibrer travail et vie personnelle, et sur d’autres éléments essentiels d’une carrière juridique qui ne s’apprennent pas à la faculté de droit.
Le mentorat, c’est quoi ?
Au sens large, le mentorat, c’est une relation définie entre un employé ayant de l'ancienneté et un débutant. Dans le monde des affaires, le mentorat prend la forme d’une relation entre une recrue et un vieux routier de l’équipe, par laquelle la recrue bénéficie des années d’expérience de l’employé plus âgé.
Dans des programmes officiels, une relation de mentorat est structurée dans le cadre d’une dynamique seul à seul, et met l’accent sur les besoins du mentoré, afin de l’aider à développer au maximum son potentiel. Les programmes s’étalent souvent sur des années, mais peuvent être ajustés aux besoins spécifiques du mentor et du protégé.
L’attrait du mentorat s’explique par le fait qu’il est centré sur une dynamique personnelle et flexible entre deux personnes, fondée sur le respect, la communication et l’intégrité. Les participantes et participants volontaires à des relations de mentorat peuvent y définir leurs propres conditions, et modifier au besoin leurs rapports au fil du temps. Dans certains cas, un nouvel arrivé peut se faire assigner deux mentors : l’un offre un soutien technique dans son champ de droit, l’autre prodigue des conseils sur la culture d’entreprise et d’autres enjeux de carrière.
Les questions personnelles brouillent parfois les rapports et typiquement, un mentor ne deviendra pas le défenseur de son protégé en matière de cheminement de carrière, et ne prodiguera pas de conseils dans les situations suivantes : règlement de différend, prêt d’argent ou assistance financière, questions personnelles (à moins d’entente contraire), confiance des clients, ou instruction excessive en droit substantiel.
Les avantages du mentorat
La ou le jeune professionnel bénéficie du mentorat sur le plan personnel et dans son cheminement de carrière. Le soutien du mentor favorise la confiance et l’estime de soi, ainsi qu’une approche consciente à l’équilibre travail-vie personnelle. Les mentors deviennent aussi des guides de carrière et aident à la détermination d’objectifs.
Plusieurs participantes et participants estiment que la création d’un abri sûr pour la divulgation franche constitue la composante la plus précieuse du mentorat : c’est un endroit où un jeune avocat ou une jeune avocate peut poser des questions stupides sans être jugé et apprendre ce qu’il ou elle ne connaît pas. Pour le cabinet juridique, le mentorat permet de renforcer les communications, ce qui, en retour, favorise la compétence et un meilleur moral. Ces avantages contribuent à une plus grande satisfaction professionnelle et à la fidélisation des avocates et avocats salariés.
Trouver un mentor
Souvent, pour trouver un mentor, il suffit de demander. Cherchez un modèle de rôle pour votre cheminement de carrière et votre perfectionnement professionnel (Quels aspects de leur travail vous attirent-ils ? Qui admirez-vous ?) et demandez son assistance.
Il est probable que la personne à qui vous demandez de l’aide s’en trouvera flattée, même si elle n’est pas en mesure de répondre à vos besoins.
Voici un échantillon de l’éventail de programmes de mentorat, présentement disponibles, au sein de la communauté juridique canadienne :
Colombie-Britannique
- En 2003, la Division de la Colombie-Britannique de l’ABC a créé le Women Lawyers Forum, dont le programme de mentorat pour avocates qui a débuté en janvier 2003.
Ontario
- Aide juridique Ontario soutient les milliers d’avocats et avocates de l’aide juridique de la province avec sa ligne téléphonique Mentor Hotline. Pour plus de renseignements, composez la ligne d’assistance au (416) 979-9342 ou, sans frais, le 1-800-668-8258, poste 4734.
- L’annuaire Internet de mentors de l’Ontario Trial Lawyers Association propose une base de données mise à jour de tous les avocats membres de l’OTLA qui acceptent de devenir mentors. Pour plus de renseignements, communiquer par courriel à admin@otla.com.
- Le Lawyer-to-Lawyer Network de l’Association du Barreau ontarien (www.oba.org) offre à ses membres l’occasion de partager leurs expériences et d’établir des rapports à long terme entre mentors et mentorés. Composez sans frais le 1-800-668-8900.
- Le Barreau du Haut-Canada offre un programme de mentorat limité aux avocats et avocates en pratique privée. Pour plus de renseignements, composez le (416) 947-3369 ou, sans frais, le 1-800-668-7380.
Alberta
- Le Barreau de l’Alberta offre un programme de mentorat dans les champs suivants : droit familial, droit pénal, testaments et fiducies, et droit immobilier. Pour plus de renseignements, composez le (403) 429-3343 ou, sans frais, le 1-800-272-8839.
Êtes-vous un mentor?
Devenir mentor exige un engagement et une capacité de résoudre des problèmes. Plusieurs n’ont pas l’étoffe. Cela étant dit, vous pourriez être doué pour le mentorat si vous êtes le type de personne qui aime réfléchir aux événements importants de la vie, aux obstacles que vous avez surmontés et aux leçons apprises.
Ne laissez pas un manque de confiance en soi vous empêcher d’aider un autre juriste à éviter vos erreurs. Même un mentor médiocre peut être utile en offrant ses connaissances, son expérience, son accès à l’information et aux personnes ressources. Il est possible de construire une relation de qualité avec des compétences d’écoute et de règlement des problèmes, et une compréhension des gens et de la politique.
Si vous souhaiteriez devenir mentor mais manquez de temps, souvenez-vous que ce rapport peut être flexible. Un ou deux coups de fil par semaine, et des rencontres occasionnelles en personne, peuvent suffire. Ces rapports sont une affaire de qualité, et non de quantité.
Cheryl Stephens est mentor / muse professionnelle et consultante affiliée au Practice Development Group de la société ACT Training Ltd. On peut la joindre par courriel à mentormuse@actraining.com ou par téléphone au (604) 739-0443.