Les cabinets juridiques à l’heure des accommodements
Loin du tumulte médiatique sur les accommodements, les avocats, parmi les mieux avertis, n’en sont pas à leurs premières armes dans la gestion des accommodements dans le milieu du travail. Appelés à conseiller leurs clients sur ce sujet délicat, comment les cabinets d’avocats gèrent-ils eux-mêmes les demandes accommodements provenant de leur propre troupe ?
Par Myriam Jézéquel
Les pratiques d’accommodement sont une réalité bien ancrée dans la culture des cabinets juridiques Fraser Milner Casgrain et McCarthy Tétrault. Des treize motifs d’accommodement reconnus par la Charte québécoise des droits et libertés, ce sont essentiellement les motifs du handicap, et du sexe lié à la grossesse et aux obligations familiales qui mobilisent le plus de demandes d’accommodement.
Cette réalité s’est accentuée avec la progression des femmes dans la profession. Si elles sont plus nombreuses à accéder à la profession, moins nombreuses sont celles qui aspirent à devenir associées. Cet obstacle à la mobilité professionnelle exige des cabinets qu’ils changent leur façon de faire pour leur permettre de « performer » au travail sans sacrifier leur obligation familiale, estime Me Michel Brunet, président et chef de la direction du cabinet Fraser Milner Casgrain.
Outre la féminisation de la profession, l’intégration des jeunes bouscule parfois les habitudes des cabinets juridiques. « Il y a une approche du travail différente chez les générations. La génération X apprécie surtout la flexibilité au travail ». Besoins réels ou simples aspirations ? Les cabinets ont le souci de satisfaire la diversité des besoins de tout leur personnel, autant avocats que professionnels.
Les accommodements religieux, plus rares, concernent surtout les congés religieux. La même approche respectueuse des besoins des employés s’applique. « Le cabinet fait un effort pour adapter ses normes aux croyances et pratiques religieuses de ses membres » affirme Rita Apa, Directrice principale aux Ressources humaines du Cabinet McCarthy Tétrault. Les congés personnels y sont accordés aussi bien pour des absences liées aux fêtes religieuses que pour certains besoins personnels.
Peu important le motif d’accommodement, le cabinet juridique a pour impératif de traiter toutes les demandes avec respect, ouverture et transparence. L’équité est au cœur de la gestion des accommodements. Ainsi, concernant une demande de congé, la différence du motif d’accommodement ne crée pas une différence dans les mesures d’adaptation. « Une même politique de congé s’applique qu’ils soient accordés à titre de congés religieux ou de congés personnels » précise-t-elle. Selon la préférence de l’employé, cette journée sera traitée comme une journée de vacances, en temps compensé ou à ses frais. Concernant le handicap, le bureau « a retenu les services d’un gestionnaire de cas externe afin d’analyser le dossier médical de façon confidentiel et décider ou non du retour au travail ». Ainsi, « tout le monde est traité de la même façon avec le même gestionnaire de cas ».
Pour en savoir plus, lire l’ouvrage juridique, publiée sous al direction de Myriam Jézéquel : Les accommodements raisonnables : quoi, comment, jusqu’où ? Des outils pour tous, Éd. Yvon Blais, 2007.
—Magazine National, mars 2008